• publié le 24 mars 2017
AEB 07 mars 2017 « Les parents, premiers éducateurs. Quelle place pour eux dans nos associations ? »

INTRODUCTION PAR LE PÈRE BERTRAND CHERRIER

Pour le sujet de ce soir, j’ai pris l’option de proposer une seule idée, que vous allez trouver assez anecdotique, mais qui pour moi est devenue progressivement très importante.
Il s’agit de la première rencontre avec les parents.
Cette rencontre possède en elle-même, de par l’imprévu, la nouveauté, de par un peu même l’appréhension de cette rencontre, des enjeux très importants.
Je voudrai donc vous parler de l’inscription.
Parce que très souvent, la première rencontre se fait à l’occasion de l’inscription.
L’inscription a pour moi 3 fonctions importantes.

La première fonction c’est une fonction symbolique.

Je ne prends pas d’enfants dans mon centre aéré s’il n’y a pas eu une rencontre avec les parents. LES parents si c’est possible. C’est un choix personnel. Pourquoi ?

Dans le mot patronage il y a « patron ».
Et pour moi le patron dans le patronage, c’est le projet.
C’est objectif. Au moment de l’inscription, il y a une fonction symbolique : on se donne une poignée de main à la fin de la rencontre parce que l’on est d’accord avec le projet. Parfois j’ai vu des poignées de main qui voulaient dire plutôt au revoir. Parce que les parents, découvrant quel était le projet, se disaient : on va voir si on participe ou pas, mais c’est finalement pas si sûr que ça.

Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’au moment de la rencontre, on discute et on échange, on présente le projet. Et il est présenté de manière objective parce qu’il est écrit. Je pense que l’écriture, surtout dans le monde de l’animation où parfois il y a beaucoup de dimensions affectives, relationnelles, conflictuelles, etc. – où parfois on a du mal à avoir une objectivité, l’écriture , avec des mots qui sont précis, permet cette objectivité.  C’est à mon avis raisonnable et essentiel dans une tâche éducative.
Cette fonction symbolique peut se présenter sous deux formes, celle d’un accord sur un projet, et celle aussi de la signature, soit d’un règlement intérieur, soit de la fiche d’inscription, mais il faut signer.

Alors, cela peut se faire dans la détente quand même ! On fait ça dans une ambiance conviviale, dans l’ambiance d’un lieu, un patronage, où l’une des dimensions essentielles, c’est celle d’une forme de gratuité. Moi qui ai été un compétiteur, si, au patronage, des parents me disaient « mon fils vient, il y a une activité foot mais il joue pas très bien ». Je leur disais « vous savez s’il a les pieds carrés, ce n’est pas grave. Ça ne me gêne pas. Il va s’amuser, il va jouer ».
Quand j’étais entraîneur de foot, dans mon club, je ne cherchais qu’à gagner.
Le projet n’était pas le même. Ce n’est pas non plus incompatible.
Mais au patronage, je faisais en sorte que toujours le plus mauvais joue plus longtemps que le meilleur. Pour faire découvrir quelque chose qui est du projet, c’est à dire de découvrir que tout le monde se doit de jouer. Et si le plus fort veut s’imposer sur le plus faible, je m’y opposerai. Au nom du projet que nous avons construit ensemble. Moi, entraîneur de football, je vais me retrouver dans deux situations radicalement différentes. Pas par mon envie ou mon désir personnel, parce qu’il y avait un projet précis auquel j’ai adhéré.

 

La deuxième fonction importante, c’est que c’est une rencontre officielle.

J’officialise une rencontre avec des parents. Souvent dans un centre de loisirs, les ¾ du temps, les rencontres avec les parents sont imprévues : Parce qu’il y a eu une dispute entre des enfants, parce qu’un enfant a perdu ses affaires, etc.
Mais là, la rencontre, elle est officielle. On officialise une rencontre, il y a un rendez-vous, on va se retrouver ensemble et on va parler ensemble. Et il y a une forme d’obligation.
C’est quelque chose qui n’est pas négociable.
Je suis toujours très sensible à ce qu’un directeur présente à des animateurs, dans le projet éducatif, ce qui négociable et ce qui ne l’est pas. Quand dans un projet tout est négociable, le bateau peut partir dans un sens carrément différent. C’est toujours intéressant de présenter des choses qui ne sont pas négociables.

Pour ces rendez-vous, beaucoup de parents me disent qu’ils n’ont pas le temps, demandent à avoir le projet par courrier, à se voir plus tard, etc.
Eh bien non, on a une vieille tradition dans notre patronage, on fait toujours comme ça, et ça marche bien, ne vous inquiétez pas on va trouver une date, regarder l’agenda. C’est non négociable, on n’attend pas, c’est avant de commencer.

Alors c’est vrai qu’on est une toute petite structure, si vous avez 200 parents, c’est sûr que ça devient compliqué à faire, mais on peut trouver une vingtaine de personnes qui vont faire ça.

Pour moi, le côté officiel est important. Je fais attention où a lieu le rendez-vous. Je fais en sorte d’être toujours à l’heure.
J’essaie de voir si les parents me disent s’ils peuvent venir ou pas avec l’enfant.
Ça se prépare, c’est un point fort du projet éducatif.

Ce côté officiel, c’est la 2ème dimension : on donne aux parents des documents, il y a une manière de présenter la chose, de la solenniser un peu.
L’inscription, j’aime bien la présenter comme un rite de passage.

Elle va me permettre d’entrer – ou de ne pas entrer – dans un groupe, une association, un mouvement et donc il y a une sorte de rituel, une première rencontre.
Peut-être que je la survalorise un peu trop, mais j’y attache une grande importance.
Et puis la troisième fonction de cette rencontre, c’est que c’est une rencontre ouverte.

Pourquoi ? D’abord parce que c’est une rencontre ouverte au dialogue. Je suis prêt à dialoguer avec des parents qui, sur un projet éducatif, peuvent me questionner.
Le projet éducatif, ce n’est pas non plus les tables de la loi. Pour moi, c’est un laboratoire ce lieu de rencontre, d’inscription. Les parents prenant le temps, puisque c’est un rendez-vous, de voir le projet éducatif – il ne fait pas 15 pages ce projet – ils peuvent très bien demander pourquoi j’ai écrit ça, ou cela, etc. Et c’est un lieu de dialogue, d’échanges, de compréhension où on approfondit un sujet, où on le précise, on le peaufine. Et où éventuellement, on peut très bien dire aux parents « écoutez, ce que vous venez de me dire là, ça peut éventuellement nous questionner sur notre projet. On peut mettre ça en débat dans notre équipe éducative, etc. ».

C’est un lieu ouvert parce que c’est d’abord ouvert au dialogue.

Ce n’est pas moi qui vais faire un monologue aux parents pour leur dire ce qu’est le centre, ça va être un lieu de dialogue et d’échanges sur le projet.

Deuxièmement c’est ouvert parce que c’est ouvert à une histoire. J’accueille une famille, je vais entendre des éléments qui vont peut-être être utiles d’ailleurs aux animateurs, sur la vie de famille, sur des éléments qui nous font peut-être comprendre après les comportements des enfants.

Donc je prends le temps aussi pour accueillir un récit, des choses simples de la vie, mais qui parfois nous font comprendre beaucoup de choses.

Cette dimension d’ouverture, elle est bien sûr par rapport au projet, mais aussi par rapport à une histoire qui se dévoile et qui peut aussi parler et raconter une vie de famille, et aussi la vie de l’enfant. C’est quand même une ouverture importante. Et puis, c’est l’ouverture à d’autres rencontres. Il est donc très important de savoir qui va faire l’accueil. On manque parfois d’inventivité sur cet accueil, ça peut être un directeur, un membre du bureau, certains animateurs qui ont de l’expérience…

Si la première rencontre a été intéressante, les parents peuvent être intéressés par d’autres rencontres.

Je fais partie de ceux qui sont convaincus que si on le définit bien ensemble – avec toute l’équipe éducative – ce premier accueil qui peut d’ailleurs se faire dans un autre lieu que celui de l’inscription peut-être, mais en tout cas ce premier accueil, cette première rencontre, cela a une chance d’en produire d’autres et de porter des fruits dans le thème de ce soir, c’est à dire des parents qui s’engagent.

 

CONCLUSION PAR MONSEIGNEUR THIBAULT VERNY

Je suis le nouveau vicaire général et je découvre la mission et la joie d’accompagner différentes réalités de la jeunesse, y compris la Facel.

Ce n’est pas en spécialiste de l’éducation, tels qu’ont pu se situer les différents protagonistes de cette soirée et de ces différents ateliers, que je voudrais vous adresser la parole. Pour autant, c’est à travers le regard que j’ai sur les différentes réalités paroissiales, les différentes réalités d’œuvres d’accompagnement de jeunesse sur le Diocèse.

A travers la Facel, ce que l’on vise, ce n’est pas d’être un club d’activités ou un club sportif, mais de prendre conscience que l’éducation passe par la prise en compte de l’ensemble de l’enfant tout entier. L’objectif de cette globalité, c’est l’unification de la personne.

On retrouve souvent dans les enjeux de l’éducation, dans les enjeux de la relation à l’autre, le thème de la vérité et du respect de la parole donnée.
C’est un point déterminant pour les enfants que cette confiance qu’ils font vis à vis des acteurs des œuvres de jeunesse, que font les parents vis à vis de vous, ils vous confient ce qu’ils ont de plus cher et vous font confiance. Ils ne vous l’expriment probablement pas, mais, en tous les cas, s’ils n’avaient pas confiance, ils ne vous confieraient pas leurs enfants, ça c’est vraiment un point sur lequel vous êtes détenteurs d’un trésor. En tous les cas en paroisse on est très attentifs à honorer la confiance qui nous est faite, et quel drame quand cette confiance est trahie. C’est désastreux.
Déjà en tant que tel c’est un drame, mais encore plus au regard de la confiance qui est faite.

Du coup vous vous situez comme partenaires des parents dans l’éducation. Dès lors que vous avez situé cette relation non pas de concurrence mais justement de partenaires, c’est vraiment heureux.

Actuellement on visite toutes les paroisses de Paris sur le thème des visites pastorales de la catéchèse. A cette occasion, je suggère aux catéchistes de prendre la peine, une fois dans l’année, de téléphoner aux parents. Généralement, un parent, quand il a son portable qui vibre dans la journée avec le numéro de l’école qui s’affiche, il se dit qu’il y a une urgence ou quelque chose qui ne va pas. Là, vous les appelez pour une bonne nouvelle. C’est pour leur dire, voilà, je suis au contact de votre enfant toutes les semaines, voilà comment il se comporte… Et c’est déjà un lien avec les parents qui généralement sont la tête sous l’eau et sont heureux qu’on vienne à eux. Donc peut-être une piste de relation de confiance à tisser avec les parents.

Comme pasteur, je dirai qu’à cause de cette confiance, à cause de cette médiation de l’enfant, vous êtes un seuil, une porte d’entrée pour nombre de parents vis à vis de l’Église. Et vous seriez étonnés de savoir que pour eux ils n’osent pas peut-être – souvent les parents ont leur propre parcours, leurs propres fragilités ou autres, ce n’est pas pour autant qu’ils rentreraient bille en tête dans l’église pour aller trouver un prêtre. Et pour autant, ils viennent frapper à la porte d’une œuvre de jeunesse, ils sont en confiance avec les éducateurs, avec un prêtre référent, et du coup par la médiation de l’enfant, vous pouvez être un seuil et un visage de l’Église. Et un visage d’accueil, de bienveillance, qui peut permettre ce passage. Donc il y a un aspect non pas simplement intéressé, mais probablement missionnaire, de charité, comme dit le Pape François c’est cette fameuse «périphérie», d’aller à la rencontre des personnes, vous le faites, ou c’est un des enjeux là-dessus cette relation avec les parents.

Enfin, puisque je ne suis pas spécialiste, je voudrai décaler un tout petit peu ma conclusion, sur un autre point de réflexion que vous avez déjà vécu, que peut-être vous vivrez. On regarde donc la relation aux parents, c’est intéressant de voir la relation de l’enfant aux parents et, dans la vie humaine, tôt ou tard on fait l’expérience de la fragilité de ses parents. Ceux qui ont par exemple la douleur, l’épreuve d’avoir un parent qui est touché par la maladie d’Alzheimer, c’est un moment marquant dans son identité de fils, de fille, et c’est un passage, en quelque sorte une étape dans la vie adulte.
Toujours est-il que les enfants que vous accueillez peuvent être touchés par la fragilité de leurs parents. Par des fragilités de couple, par des fragilités sociales, professionnelles, psychologiques ou autres, qui vont forcément impacter l’enfant.
C’est un des points d’attention à porter sur les enfants que vous accueillez.

Voilà une perspective : la relation aux parents et la confiance que les enfants vous font, ce repère que vous pouvez être, on peut le mettre en parallèle avec la confiance que font les enfants aux parents, le repère qu’ils peuvent être. Et nous savons comme c’est compliqué quand ces repères et cette confiance sont mis à mal.

 

Assemblée 1

 

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