Préambule
Pour que les animateurs et directeurs d’accueil de loisirs se sentent portés par une dynamique propre à laquelle ils adhérent, il nous apparaît déterminant de dresser la spécificité et les attendus du « projet éducatif chrétien ».
Cette démarche se présente sous deux facettes :
• D’une part, la participation à l’éducation des enfants en complément de celle des parents : en favorisant leur construction, dans un climat de confiance, nous les aidons à grandir.
• D’autre part, une contribution à leur éveil spirituel : par la découverte de Jésus Christ et la relation personnelle qu’Il nous invite à vivre avec Lui, nous les aidons à découvrir qu’ils peuvent devenir libres.
Ces deux facettes ne s’opposent pas mais, au contraire, s’inscrivent dans un même prolongement qui mène au bonheur vrai.
En effet, à travers les activités collectives, l’enfant est amené à exercer sa relation avec les autres – ce qui n’empêche nullement chaque enfant d’être aussi considéré de manière particulière ; l’attention personnalisée, bienveillante, non exclusive que lui porte chaque animateur participe ainsi à sa construction, le sécurise et donc le fait grandir. Cette capacité d’ouverture aux autres est en fait un chemin qui favorise la connaissance de soi, la découverte de l’intériorité ; chemin qui peut alors mener vers la rencontre personnelle avec Dieu, l’ultime Autre.
Le cheminement spirituel des animateurs devrait pouvoir se trouver renforcé par cette recherche.
Problématique
Cette mission précieuse de l’animateur est confrontée à une situation complexe puisque les accueils de loisirs du diocèse de Paris sont, par nature, ouverts à tous les enfants, quelles que soient leur culture ou leur religion.
Dans ce cadre, deux enjeux principaux se posent aux animateurs, qui ont fait l’objet d’échanges à l’occasion d’un AEB (Atelier Educatif des Bernardins) du 3 octobre 2009 et d’un questionnaire auquel beaucoup ont répondu (mais qui mérite encore d’être complété de bonnes suggestions) :
• Comment le mercredi matin, pouvons-nous accueillir parallèlement les enfants catéchisés et ceux qui ne le sont pas ?
• Comment amener chaque enfant à un éveil spirituel ?
I. L’accueil en parallèle des enfants catéchisés et de ceux qui ne le sont pas.
Trois directions ont été retenues :
a) Eviter d’organiser des jeux pendant que les enfants vont au catéchisme
En effet, ces derniers pourraient alors se sentir lésés, comme privés d’un temps de détente…
…Tandis que les autres enfants pourraient en fait bénéficier eux aussi d’un temps de réflexion, d’apprivoisement et de cheminement.
b) Proposer une réflexion aux enfants non catéchisés
Plusieurs centres, associations ont apporté de nombreux témoignages sur les cadres possibles qui amènent à vivre ce temps de découverte. Un temps qui constitue une étape importante avant de pouvoir croire. En voici deux exemples :
« Copains de la vie »
A l’AEP Charonne Réunion (20e), les enfants qui ne vont pas au caté ont un temps de discussion avec les animateurs, temps appelé « Copains de la vie ». Y sont abordés différents thèmes de la vie quotidienne, en parallèle, dans la mesure du possible, avec ceux abordés au catéchisme : l’amitié, le pardon, etc.
« Ouverture des yeux sur le monde »
Les « Mercredis » de Saint Ambroise et de Saint Joseph des Nations (11e), proposent aux enfants non catéchisés un temps de réflexion avec… l’aumônier ! L’atelier s’appelle « Ouverture des yeux sur le monde ».
Les enfants sont invités à s’exprimer sur ce qu’ils peuvent voir autour d’eux. Ils comprennent ainsi qu’ils ne sont pas le centre du monde. Ils apprennent à observer, à se réjouir, à prendre la dimension de l’humanité…
c) Favoriser les échanges entre les enfants lorsqu’ils se retrouvent.
Nous observons que les enfants parlent entre eux de ce qu’ils viennent de découvrir… Ce partage est précieux et doit être favorisé. Ne craignons pas de leur réserver un temps pour ce libre partage, entre eux !
II. Les activités qui favorisent l’éveil spirituel
Si l’éveil spirituel peut être amorcé naturellement par des activités à thème chrétien, des activités à thème profane peuvent aussi y contribuer. Voici une sélection d’exemples concrets autour de la mise en valeur des talents de chacun :
a) Activités à thème chrétien
Les Ateliers de Toussaint et de février
A partir d’une figure de saint ou d’un thème de la Bible, à travers des activités manuelles et de la parole, les Ateliers permettent de vivre ensemble autrement, dans le respect, l’écoute et la reconnaissance des talents de chacun, sans compétition. La participation de bénévoles de tous âges enrichit la qualité des échanges et la force de la transmission…
(+ d’info auprès de la responsable Cécile Déprez. Service de la Catéchèse. 01 45 49 63 73. www.atelierspourlesenfants.com)
Les Ateliers du mercredi au Collège des Bernardins
A l’attention des enfants de 6 à 12 ans, il leur est proposé 3 activités : Ateliers cinéma, Regards d’artistes (découverte de chefs d’œuvre de la peinture), l’Heure du conte, pendant l’Avent.
(+ d’info sur www.collegedesbernardins.fr)
Les Trésors de Paris
Afin de faire connaître le patrimoine religieux de Paris aux enfants et aux jeunes, l’association Les Trésors de Paris organise des visites d’églises ou des parcours découvertes à destination d’un jeune public
(+ d’info sur www.lestresorsdeparis.com)
b) Activités à thème profane
La Mode
Des jeunes filles de la Maison Alésia jeunes (14e) avaient exprimé le souhait de ne plus avoir la même tenue pour sortir le soir. Jocelyne Nachbauer, la directrice, leur a alors proposé de préparer un défilé de mode en fin d’année sur le thème : « Etre top model pour Dieu ». C’est ainsi que l’atelier customisation a vu le jour…
Cette approche de la mode a permis de faire découvrir aux filles de 14-18 ans combien la beauté extérieure est avant tout le reflet de la beauté intérieure. Tout au long de l’année, les jeunes filles ont pu réfléchir aux questions suivantes : Qu’est-ce qu’un modèle ? Quels sont les modèles que le monde me propose ? Quel est le modèle que je choisis ? Qu’est-ce que la vraie beauté ?
Le sport
Plusieurs associations ont apporté le témoignage que le football demeure un excellent vecteur éducatif et peut même favoriser l’éveil spirituel ! En effet, en jouant, on apprend le respect de soi et de l’autre, la maîtrise de soi, le respect des règles ; on apprend qu’il y a des principes à appliquer : ne pas tricher, donner le maximum, savoir perdre ou supporter une injustice d’arbitrage… les moments avant ou après le match sont aussi importants pour ne pas « consommer » une activité pour soi mais partager un temps avec les autres pour mieux se comprendre, et se construire.
L’Atelier-discussion
Une association a encore apporté le témoignage des enfants de CM1 et CM2 qui se retrouvent tous les vendredis soirs, à la place de l’accompagnement scolaire, pour un temps de débat encadré par une grand-mère : une discussion libre est engagée, après tirage au sort d’une question anonyme sur des sujets de vie quotidienne. C’est un temps de réflexion et d’écoute autour d’un adulte.
De nombreux autres témoignages ont été recueillis, laissant au bout du compte apparaître que c’est ce qu’on fait du thème qui va lui donner sens…
En conclusion, l’activité d’animation est le moyen d’une finalité : celle de l’éducation fondamentale pour mieux recevoir le message de l’Evangile. Ainsi, comme nous l’a dit le Père Gilles de Raucourt, directeur de l’ASEC Javel-Citroën (15e), lors de l’AEB sur le sujet : « Le risque serait de séparer les plans, de faire d’un côté du « spirituel » et de l’autre des jeux et de la culture en s’interdisant d’évangéliser les non chrétiens. L’unité des deux plans, sans confusion ni séparation, est bien une ligne de crête. N’est-ce pas tout l’enjeu pour nous ? »
Aller plus loin
Ces échanges et témoignages ont aussi permis de saisir un « quelque chose de différent » qui est vécu au sein de leur accueil de loisirs de la Facel.
Voici deux témoignages en exemple :
« Ici, c’est différent du centre aéré où je travaillais avant : il y a une vraie relation entre enfant et animateur, sans violence physique ou verbale. Les conflits se règlent dans le dialogue » Carl, 20 ans
« Dans cette association, les jeunes savent qu’ils sont dans un espace éducatif et que tout adulte y est éducateur. Ce cadre permet l’écoute et le dialogue » Claude, bénévole à l’accompagnement scolaire
Parmi les « points forts », vécus comme spécifiques, les animateurs ont encore cité :
• L’importance de l’accueil de chaque enfant/jeune
• Une ambiance familiale et un environnement sécurisant
• La stabilité et la disponibilité de l’équipe d’animation
• La responsabilisation des enfants (partage des tâches, tutorat)
• L’ouverture aux parents
• Un accent particulier mis sur le service et l’attention à l’autre
Cette aspiration spécifique des centres et accueils de loisirs de la FACEL à favoriser l’éveil spirituel des enfants demande à être portée, non uniquement par l’aumônier (dont la présence est souhaitable), mais par un travail en équipe.
L’enfant doit sentir en profondeur qu’il est attendu et qu’il a véritablement du prix aux yeux de ceux qui s’occupent de lui.
L’organisation dans un accueil de loisirs demande aujourd’hui toujours plus de temps. Ecouter, pardonner, partager, espérer nécessitent en outre de se mettre dans de bonnes dispositions personnelles.
Pour les animateurs, la formation continue pratique est donc une priorité pour se mettre véritablement au service des jeunes qui leur sont confiés.
Donner des repères et donc s’en fixer quand on est co-éducateurs, donner du sens à chacune des vies en croissance en reconnaissant et en adaptant les bonnes pratiques des anciennes générations : c’est ce que vous proposent les AEB.
Ils sont une plateforme :
• entre anciens et jeunes animateurs,
• pour favoriser la formation des formateurs à l’éducation chrétienne,
• délocalisée dans les locaux d’associations pour mieux comprendre ce qui s’y vit et dégager des solutions concrètes,
• dans l’esprit des Bernardins pour diffuser sans exclusive.


